"Dans la confusion de notre époque quand une centaine de voix contradictoires prétend parler au nom de l'Orthodoxie, il est essentiel de savoir à qui l'on peut faire confiance. Il ne suffit pas de prétendre parler au nom de l'Orthodoxie patristique, il faut être dans la pure tradition des saints Pères ... "
Père Seraphim (Rose) de bienheureuse mémoire

dimanche 25 juin 2017

Fête de tous les saints de divers pays...


Tous les saints de Russie


Tous les saints du Mont Athos


Tous les saints de Roumanie


Tous les saints de Géorgie


Tous les saints d'Amérique


C'est aussi le dimanche de tous les saints de Terre Sainte, mais malheureusement il n'y a pas- à notre connaissance- d'icône les représentant.














FEUILLETS LITURGIQUES DE LA CATHÉDRALE DE L’EXALTATION DE LA SAINTE CROIX

12/25 juin
3ème dimanche après la Pentecôte

Saint Onuphre le Grand, anachorète en Égypte (vers 400) ; saint Pierre du Mont-Athos, ascète (début du IXème s.) ; saint Arsène de Konev (1447) ; saint Onuphre de Pskov (1492) ; saints Bassien et Jonas de Solovski (1561) ; saint Onuphre et Auxence de Vologda (XV-XVIème s.) .

Lectures : Rom. V, 1–10. Мatth,  VI, 22–33.



SAINT ONUPHRE L’ÉGYPTIEN [1]

V
ers la fin du IVe siècle, saint Paphnuce, qui vivait dans un monastère en Égypte, reçut l’inspiration de s’enfoncer dans le désert profond, afin d’y trouver des hommes de Dieu et de recevoir leur bénédiction. Après quatre jours de marche, ses provisions étant épuisées, il tomba d’inanition. Mais un ange vint le réconforter et le conduisit pendant quatorze jours, sans prendre de nourriture, jusqu’à un homme à l’apparence redoutable. Il était nu et couvert de poil, comme un animal, ne portant autour des reins qu’un pagne fait de branches d’arbres. Il avait l’apparence d’un cadavre, tant sa chair était exténuée par l’ascèse, et ses cheveux, blancs comme la neige, tombaient jusqu’à terre. Il interpella par son nom Paphnuce qui s’était caché, et ayant échangé un saint baiser, il lui raconta l’histoire de sa vie. Il lui relata qu’il était fils du roi de Perse et qu’après sa naissance, obtenue après de longues années de prières, son père avait reçu la révélation de le baptiser sous le nom d’Onuphre et de le conduire aussitôt après dans un monastère d’Égypte, pour le consacrer au service de Dieu. En chemin, une biche l’allaitait, et elle continua de le nourrir de son lait au monastère, jusqu’à l’âge de trois ans. Dans cette communauté exemplaire, l’enfant grandit dans la crainte de Dieu et l’amour de tous ses commandements. Comme il entendait sans cesse vanter les anachorètes, émules du prophète Élie et de saint Jean-Baptiste, qui vivent dans le désert pour Dieu seul, tendus tout entiers vers les biens à venir, et sans aucune consolation humaine, il fut saisi d’un désir insatiable de les imiter. Il quitta finalement de nuit le monastère, et sur la route, son Ange Gardien lui apparut, au sein d’une lumière resplendissante, et lui promit de l’assister jusqu’à la fin de ses jours. Il le guida jusqu’à une grotte où vivait un vieil anachorète d’origine juive, Hermias, qui l’instruisit pendant quelques jours sur le mode de vie des ermites, puis le conduisit jusqu’au lieu de son combat, près d’un palmier et d’une source claire. Par la suite, il lui rendait visite une fois par an, jusqu’à son bienheureux repos. Saint Onuphre mena en ce lieu, pendant soixante-dix ans, un combat sans répit contre la nature, la faiblesse de la chair et les démons. Il endurait la chaleur torride, le froid de la nuit et de l’hiver, la faim, les maladies, pour obtenir les biens promis par Dieua à ceux qui l’aiment ; mais l’assistance divine ne lui fit jamais défaut, chaque fois que cela lui était nécessaire. Quand ses vêtements furent tombés en lambeaux, le Seigneur lui fit pousser sur tout le corps un poil abondant qui le protégeait des rigueurs du climat, et chaque jour un ange venait lui apporter un pain en nourriture. À la question de Paphnuce sur la sainte Communion, le vieillard répondit que chaque dimanche un ange de Dieu venait apporter à tous les anachorètes la sainte Communion qui les remplissait de consolation spirituelle et d’énergie pour poursuivre leurs combats. « Ayant abandonné tout souci de ce monde pour se confier en Dieu seul, nous ne sentons, lui dit-il, ni faim, ni soif, ni autre affliction. Et lorsque l’un d’entre nous désire avec nostalgie revoir les hommes, les anges le transportent en vision au Paradis, où il se voit si pénétré de lumière divine, qu’il en oublie tous ses labeurs et ses peines, et c’est avec une ardeur accrue qu’il reprend son ascèse. » Onuphre conduisit ensuite son hôte jusqu’à sa hutte, où ils continuèrent leur entretien jusqu’au soir. Paphnuce vit alors dans la cellule un pain que Dieu avait envoyé pour eux, et après s’être rassasiés, ils passèrent toute la nuit en prière. Au matin, Onuphre révéla à son hôte que Dieu l’avait envoyé pour se charger de sa sépulture, car le temps était venu pour lui de gagner sa patrie céleste. Et il donna à Paphnuce l’ordre de retourner vers les hommes pour leur enseigner le mode de vie des ermites, afin qu’ils puissent les imiter, chacun selon ses forces. Après avoir prié, il s’étendit à terre, son visage resplendit d’une lumière qui n’était pas de ce monde et un parfum remplit l’endroit. Puis des coups de tonnerre retentirent et le ciel s’ouvrit pour faire place à l’armée angélique tout entière qui venait recevoir son âme. Au milieu de ce concert de fête, la voix du Christ se fit entendre, invitant l’âme de son serviteur à gagner la béatitude. Comme Paphnuce versait des larmes abondantes sur le corps du saint ascète, en se demandant comment ouvrir une tombe dans le sol desséché, deux lions apparurent et creusèrent pour lui une fosse, dans laquelle il déposa le corps. Sur le chemin du retour, il rencontra quatre vieillards qui demeuraient dans une grotte depuis soixante ans, et plus loin, dans un endroit paradisiaque, quatre autres jeunes ascètes. Nobles d’Oxyrynque (à 200 km au sud du Caire), ils avaient renoncé aux études profanes pour apprendre, dans la solitude, la vraie sagesse.  Ils vivaient séparés pendant cinq jours, et se retrouvaient le dimanche, pour recevoir la communion d’un ange. Malgré son désir de rester avec eux, Paphnuce dut reprendre sa marche, et finalement il parvint en Égypte, où il témoigna qu’en vérité des hommes de chair peuvent mener en ce monde une vie semblable à celle des anges. Il passa le reste de ses jours de manière agréable à Dieu, et s’endormit en paix pour rejoindre le séjour des justes.



Tropaire du dimanche, 2ème ton
Егда́ снизше́лъ ecи́ къ сме́рти, Животе́ безсме́ртный, тогда́ áдъ умертви́лъ ecи́ блиста́ніемъ Божества́ : eгда́ же и yме́ршыя отъ преиспо́дныxъ воскреси́лъ ecи́, вся́ си́лы небе́сныя взыва́ху : Жизнода́вче Xpисте́ Бо́́́же на́шъ, сла́ва Teбѣ́.
Lorsque Tu descendis dans la mort, Toi, la Vie immortelle, Tu anéantis l’enfer par l’éclat de la Divinité. Lorsque Tu ressuscitas les morts des demeures souterraines, toutes les Puissances des cieux s’écrièrent : « Ô Christ, Source de Vie, notre Dieu, gloire à Toi ! »
Tropaire des saints Onuphre et Pierre, ton 4
Бо́же оте́цъ на́шихъ, творя́й при́сно съ на́ми по Твое́й кро́тости, не отста́ви ми́лость Твою́ отъ на́съ, но моли́твами и́хъ въ ми́рѣ упра́ви живо́тъ на́шъ.

Dieu de nos Pères, dont la clémence agit toujours envers nous, n'éloigne pas de nous Ta miséricorde, mais par leurs supplications gouverne notre vie dans la paix.
Kondakion de St Pierre l'Athonite, ton 2
Удали́въ себе́ человѣ́ческаго сожи́тельства, въ пеще́рахъ ка́менныхъ и разсѣ́линахъ пожи́лъ еси́, жела́ніемъ боже́ственнымъ и любо́вію, Пе́тре, Го́спода твоего́, отъ Него́же вѣне́цъ прія́лъ еси́. Моли́ непреста́нно спасти́ся на́мъ.
T'étant éloigné de la cohabitation des  hommes, tu as vécu dans les grottes et les cavités rocheuses, mû par un désir divin et l'amour de Ton Seigneur, ô Pierre, et tu reçus de Lui la couronne. Prie sans cesse pour que nous soyons sauvés.

Кондак преподобнoго Онуфрия, гл. 3
Сія́ніемъ Ду́ха Пресвята́го, богому́дре, просвѣ́щся, оста́вилъ еси́ я́же въ житіи́ молвы́, пусты́ню же дости́гъ, преподо́бне о́тче, возвесели́лъ еси́ и́же надъ всѣ́ми Бо́га и Зижди́теля, сего́ ра́ди прославля́етъ тя́ Христо́съ, блаже́нне, вели́кій Дарода́тель.
Tu fus illuminé par l'éclat de l'Esprit très-saint ô sage en Dieu, tu quittas l'agitation de la vie, ô vénérable Père, et tu as réjouis le Dieu et Créateur qui est au-dessus de tous ; aussi le Christ, le grand Dispensateur des dons, t'a glorifié, ô bienheureux.

Kondakion du dimanche, ton 2
Воскре́слъ ecи́ отъ гро́ба, всеси́льне Спа́се, идъ ви́дѣвъ чу́до, yжасе́ся, и ме́ртвiи воста́ша : тва́рь же ви́дящи сра́дуется Тебѣ́, и Ада́мъ свесели́тся, и мípъ, Спа́се мо́й, воспѣва́етъ Tя́ при́сно.
Sauveur Tout-Puissant, Tu es ressuscité du Tombeau : l’enfer, voyant ce prodige, est saisi de stupeur et les morts ressuscitent. A cette vue, la création se réjouit avec Toi ; Adam partage l’allégresse, et le monde, ô mon Sauveur, ne cesse de Te louer !

HOMÉLIE DE SAINT JEAN CHRYSOSTOME SUR L’ÉPÎTRE DE CE JOUR
« Nous nous glorifions dans l'espérance de la gloire de Dieu », l’apôtre nous découvre tous les biens. à venir. Il dit avec raison : « En laquelle nous sommes établis ». Car telle est la grâce de Dieu ;.elle n'a pas de fin, elle n’a pas de terme, mais elle croît toujours : ce qui n'est point le propre des choses humaines. Par exemple, quelqu'un est en possession d'une dignité, d'un honneur, d'un pouvoir; il ne les conserve pas toujours, mais il en déchoit promptement, car s'ils ne lui sont pas enlevés par un homme, du moins la mort l'en dépouillera complètement. Il n'en est pas ainsi du don de Dieu : ni l'homme, ni le temps, ni les événements, ni le démon même, ni la mort ne peuvent nous en priver; c'est quand nous mourons que nous sommes le plus assurés de les posséder, et nos jouissances ne font que s'accroître de plus en plus. Si donc vous n'avez pas de foi aux biens à venir, croyez-y du moins d'après les biens présents et d'après ce que vous avez déjà reçu. C'est ce qui fait dire à Paul : « Et nous nous glorifions dans l'espérance de la gloire de Dieu », afin que vous sachiez dans quelle disposition doit être l'âme du fidèle. Car il faut être pleinement assuré,non seulement des biens accordés, mais encore des biens futurs, comme s'ils étaient déjà donnés. On se glorifie des biens qu'on a reçus; mais, nous dit-il, puisque l'espérance des biens à venir est aussi ferme, aussi certaine, que la possession même de ceux que l'on a reçus, il faut donc également s'en glorifier; et pour cela il leur donne le nom de gloire (…) « Mais outre cela, nous nous glorifions encore dans les tribulations». Songez quels seront les biens futurs, puisque nous nous glorifions même de ce qui paraît un mal. Tel est le don de Dieu; il n'y a rien en lui de désagréable. Dans l'ordre des choses humaines, les combats entraînent des peines, des douleurs, des misères; seules les couronnes et les récompenses procurent de la joie; ici, il n'en est pas de même, car la lutte est aussi agréable que le prix. Comme alors les épreuves étaient nombreuses, que le royaume n'existait qu'en espérance ; que les maux étaient présents, les biens en expectative, et que cela brisait le courage des plus faibles ; l'apôtre leur distribue des encouragements avant l'heure des couronnes, en leur disant qu'il faut se glorifier dans les tribulations. Il ne dit même pas : Il faut se glorifier, mais : « Nous nous glorifions», en les encourageant par son propre exemple. Et comme il pouvait paraître étrange, incroyable, qu'on dût se glorifier dans la faim, dans les chaînes, dans les tourments. dans les injures et les opprobres, il en donne la preuve; et ce qu'il y a de plus fort, c'est qu'il affirme qu'on doit s'en glorifier, non-seulement en vue de l'avenir, mais même dans le présent; parce que les tribulations sont par elles-mêmes un bien. Pourquoi ? Parce qu'elles exercent à la patience. C'est pourquoi , après avoir dit : « Nous nous réjouissons dans les tribulations », il en donne la raison en ces termes : « Sachant que la tribulation produit la patience ». Voyez encore une fois la ténacité de Paul, et comme il retourne le sujet en sens contraire. Comme les tribulations décourageaient des biens à venir et jetaient dans le désespoir, il leur dit qu'elles doivent par elles-mêmes inspirer du courage et qu'il ne faut point désespérer de l'avenir. « Car la tribulation produit la patience; la patience, l'épreuve; et l'épreuve, l'espérance. Or l'espérance ne confond point (4, 5) ». Non seulement les tribulations ne détruisent point ces espérances, mais elles-en sont le fondement. Même avant les biens à venir, la tribulation produit un très grand fruit, la patience, et elle éprouve celui qui est tenté. D'ailleurs elle contribue aussi aux biens futurs ; car elle fortifie en nous l'espérance. Rien en effet ne dispose à bien espérer comme une bonne conscience.



[1] Tiré du Synaxaire du hiéromoine Macaire de Simonos Petras

samedi 24 juin 2017

Le petit Dimitri et la clairvoyance (R)



En Septembre d'une certaine année, il y avait beaucoup d'agitation observée dans le département d'oncologie de l'hôpital universitaire de Rion. Le petit Dimitri demandait d'urgence le prêtre de l'hôpital. Il insistait pour recevoir immédiatement la Sainte Communion...

Il avait 13 ans. Il était dans cette clinique spécifique depuis environ un an et demi. Un léger mal de tête l'avait amené là. Les médecins avaient diagnostiqué un cancer du cerveau. Sa ville natale était Fieri en Albanie; ses parents n'étaient pas baptisés. Ils avaient vécu à Patrae pendant plusieurs années. Peu de temps après son admission à l'hôpital, le jeune garçon avait demandé à être baptisé. Il avait entendu parler du Christ, et il voulait devenir un de Ses "enfants". Il fut baptisé, "au Nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit" - après la catéchèse nécessaire, bien sûr.

Tout le monde dans la clinique l'aimait beaucoup. Le cancer avait beaucoup progressé, et l'avait désormais privé de la vue. Il était tout à fait incapable de voir quoi que ce soit et qui que ce soit. Mais il pouvait écouter avec la plus grande et la plus étonnante patience. Il ne se plaignait jamais. Il disait que Dieu l'aimait beaucoup. Il priait, et demandait à ses parents de faire de même.

Tous ceux qui lui rendaient visite pouvait percevoir qu'il y avait quelque chose de différent chez ce garçon. Il parlait sans cesse de Dieu. Il était toujours courtois et heureux. Son visage brillait. Il voulait recevoir fréquemment les précieux Dons [la Communion]. Quand sa mère était parfois dans un autre endroit de la clinique, il lui criait:

"Maman, viens vite! Le Père vient, avec le Christ! Il monte l'escalier! Viens me préparer!"

Et c'est exactement ce qui se passait: le prêtre venait, et il trouvait le petit Dimitri assis sur son lit, la bouche grande ouverte et se signant avec révérence. Même s'il ne connaissait pas l'heure exacte d'arrivée du prêtre, il pouvait le "voir" venir, avec son don de clairvoyance - et cela, malgré les deux portes fermées entre sa chambre et le couloir d'où le prêtre venait. Cela a été vérifié par la pieuse Madame Maria Galiatsatou, qui s'était portée volontaire pour s'occuper de ce garçon.

"Madame Maria, je veux vous dire quelque chose", lui dit-il un jour. "Quand le Père vient avec le Christ, je peux le voir approcher tandis qu'il monte l'escalier, et à côté de lui, il y a deux grandes et belles personnes avec des robes d'un blanc pur, qui se penchent vers le Saint Calice pour le protéger, avec leurs bras tendus. "

Un jour, quand le médecin lui a demandé: "Comment vas-tu, mon petit Dimitri?"

Il a répondu: "Monsieur le Docteur, puis-je vous dire quelque chose en privé? Je vais très bien. Mais vous ne devriez pas vous faire tant de soucis parce que votre femme est partie. Dieu sera avec vous, parce que vous êtes une bonne personne."

Le médecin est resté figé pendant un instant. Personne d'autre n'était au courant de l'incident grave survenu la veille, chez lui: sa femme l'avait abandonné, pour s'en aller avec un autre homme...

" C'est un enfant de Dieu!" était ce que disaient ceux qui l'avaient rencontré.

La dernière fois qu'il a reçu la Sainte Communion, il était incapable de s'asseoir dans son lit, mais allongé là, il a reçu le Christ avec joie et désir ardent.

"Merci beaucoup", murmura-t-il, puis il s'endormit pour toujours. Quand le prêtre est allé à la morgue le lendemain pour lire la prière du Trisaghion pour le petit Dimitri, il a remarqué:

"C'est la première fois de ma vie que je voyais un cadavre comme cela. Son visage était souriant... Il était rayonnant... et il avait la couleur de l'ambre. "*

Ses parents en sont venus à beaucoup aimer le Christ, et maintenant, ils veulent aussi être baptisés...

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après
et
+

* L'un des signes que l'Orthodoxie reconnaît comme signe de sainteté chez un défunt, est aussi la couleur de la peau, qui prend un aspect d'ambre translucide.

jeudi 22 juin 2017

Nicoulina Stoïcan: J'ai perdu beaucoup de choses dans ma vie


J'ai perdu pendant ma vie beaucoup de choses , 
mais je les ai considérées comme des bagatelles !                                             
J'ai perdu tout ce que je possédais, 
mais j'ai apprécié de ne l’avoir jamais gardé !                                       
Ce que j'ai perdu je ne veux pas le voir revenir en ma possession !                   
Je recommence toujours à vivre ma vie!                                   
J'ai perdu mes amours... 
mais j'en ai trouvé de nouvelles !                                   J
'ai perdu beaucoup de voisins... e
t  nombre d’entre eux sont devenus des ennemis !                                        
Mais je ne me venge pas ... 
pour leur montrer que je possède une âme généreuse !                                                  
Je n'ai pas tenu compte de mes déboires... 
et j'ai continué à vivre ma vie, plus ou moins confortablement, 
conformément au Jugement de Dieu !     
Mais j'ai exclu la haine...                    
J'ai fait des efforts pour construire le bien !                                  
Si j'avais procédé autrement, 
il serait possible que je sois morte depuis longtemps !

Version française Dr Daniel ALECU
que nous remercions.

mercredi 21 juin 2017

Pietro Chiaranz: La Vérité dans les reliques


Les récents événements concernant les prétendues reliques de Sainte-Hélène, prêtées par le patriarcat catholique de Venise à la Grèce pour être vénérées par les fidèles orthodoxes à Athènes du 17 mai au 15 juin [http://orthodoxie.com/accueil-solennel-des-reliques-de-sainte-helene-a-athenes/], et revenues à Venise le 17 Juin, appellent une mise au point.

Je rappelle ces faits pour mieux les examiner. L'association grecque « Diaconie apostolique », pour célébrer le quatre-vingtième anniversaire de son existence, a jugé bon de demander au patriarcat catholique de Venise des reliques attribuées à la mère de l'empereur Constantin, Sainte-Hélène, conservées dans l'île lagunaire éponyme. Comme je l'ai décrit en détail, il y a près de trente ans qu’une étude scientifique a émis beaucoup de doutes sur ces reliques, car on a seulement un crâne en très mauvais état, crâne qui très probablement a appartenu à un homme (1). Je ne peux pas croire que le patriarche catholique de Venise ne savait rien et n'a pas essayé de communiquer quelque chose, par prudence au moins. En fait, une chose est la valeur historique d'une relique comme celle-ci, originaire de l'époque des croisades, une autre est son authenticité.

Les reliques des saints conservées à Venise peuvent toutes avoir une importante valeur historique et, en tant que telles, sont soigneusement conservées. Mais toutes ne sont pas authentiques et les chercheurs considèrent comme authentiques seulement la moitié d'entre elles environ (2).

Bien que je ne puisse pas croire à  l'ignorance du haut-clergé, le résultat montre le contraire : les prétendues reliques de Sainte-Hélène ont été portées en Grèce d'une manière solennelle avec le soutien et, je pense, la subvention appropriée de l'État grec.

Parler de légèreté dans cette affaire est le moins que l'on puisse dire.

Ceux qui, dans cette affaire, se trompent le plus, ne sont pas les représentants du catholicisme mais les représentants de l'Orthodoxie.

Pour le monde catholique, en fait, les reliques des saints ont une valeur historique et de dévotion : elles démontrent l'existence historique d'un saint et rappellent la dévotion des fidèles qui cherchent l'intercession du saint lui-même pour avoir certaines grâces. Après le concile Vatican II, l'attention du monde catholique aux reliques des saints a été fortement diminuée. Aujourd'hui, nous pouvons dire qu'au moins 80% des catholiques ne croient plus en l'importance des reliques et, si elles sont exposées sur certains autels, ne reçoivent que de l'indifférence ou presque.

Aujourd'hui, dans le catholicisme quelqu'un dit même que « les reliques n'ont aucune valeur pour elles-mêmes mais pour la dévotion des fidèles envers elles », comme on me l'a personnellement dit. Bref, elles n'ont pas une valeur objective, mais c'est le sujet qui leur donne une valeur (3). Demain, si le sujet ne donne plus cette valeur, elles ne vaudront plus rien !

Pour la tradition orthodoxe, il n’en n’est pas ainsi. Les reliques des saints, avant d'avoir une valeur historique et dévotionnelle, ont une valeur théologique : elles sont une manifestation de la vérité chrétienne. La théologie orthodoxe, en fait, n'est pas une spéculation philosophique sur les sources de la Révélation mais une analyse de la Révélation dans la réalité. En ce sens, il existe une relation directe entre la matière et l'esprit : un esprit transfiguré par la grâce change le monde matériel ; un homme sanctifié aura un corps différent de celui d'un autre homme, bien qu'il soit encore soumis à la maladie et à la mort. En effet, la grâce de Dieu, assimilée dans les sacrements, est incréée et a des caractéristiques divines, affirmation que la philosophie catholique-thomiste ne peut pas accepter (4). Plus qu’à la philosophie, la théologie orthodoxe est très similaire à la chimie, qui ne peut jamais être séparée des tests de laboratoire. Si l’on a ces explications à l'esprit, il est clair que les reliques d'un saint doivent avoir certaines caractéristiques, tout d'abord l'incorruptibilité.

Au contraire, le présumé crâne de Sainte-Hélène a été trouvée dans un « très mauvais » état. Ce même crâne, la seule chose présente dans les prétendues reliques, a été exposé à la dévotion des fidèles en Grèce, un crâne que les experts considèrent avoir appartenu à un homme avec au moins 70-75% de probabilités. Maintenant, il devrait être clair que les organisateurs de ce pèlerinage non seulement ont très probablement trompé les fidèles (ce qui est déjà assez mauvais), mais ils ont cassé un principe théologique, comme si un chimiste avait fait passer de l'eau pour de l’huile avec l'indifférence et le consentement de tous. Et pour aller au fond du problème, on peut se demander si les clercs de l'époque actuelle (catholiques ou orthodoxes, de ce point de vue, se ressemblent tous) ont un sens théologique profond ou, au nom des probables avantages immédiats, sont prêts à échanger le vrai avec le faux…

Le monde catholique, comme je l'ai dit, est plus excusable parce qu'il vit aujourd’hui dans un état de confusion dramatique et, dans la pratique, se montre indifférent à tout ce qui lui rappelle la différence traditionnelle entre le vrai et le faux, l’orthodoxie et l’hérésie.

Mais qu’en est-il du monde orthodoxe ? L'affaire des reliques présumées de Sainte-Hélène ouvre un abîme qui touche directement la formation spirituelle et théologique d'un clergé qui, de plus en plus, est déformé par l'indifférence actuelle (= tout est finalement identique), par la spectacularisation (= pour être il faut paraître) et par le matérialisme (= ce qui importe est profiter de la vie). Tout cela nous révèle un vide embarrassant qui fait pleurer et partir les fidèles qui sont conscients de ce triste phénomène. Et tous les autres fidèles, comment peuvent-ils être mieux si le clergé est en grande partie à ce niveau ?

Loin de moi de juger pour le plaisir de le faire ! Ces choses ne sont que sont trop visibles aux yeux de tous, mais il semble que personne, jusqu'à présent, n’ait eu le courage d’en parler, bien que beaucoup le pensent.

Je souhaite donc que les lecteurs m’attribuent ce que dit un proverbe italien bien connu : « L'ambassadeur qui rapporte les faits ne doit pas recevoir condamnation ». En fait, l'affaire parle d’elle-même !


NOTES

1) Voir C. Corrain - M. A. Capitanio, "Ricognizioni di alcune reliquie, attribuite a santi orientali, conservate a Venezia", in Quaderni di scienze antropologiche 21 (1995), pp. 43-45.

2) Un autre cas très douteux est celui des pseudo-reliques de sainte Barbara qui ont également été amenés de Venise en Grèce et vénérées du 10 au 24 mai 2015. Ces reliques sont un crâne de femme très mature (alors que dans l'historiographie, nous savons que sainte Barbara est morte jeune) mélangé avec des os de différentes personnes. C'est l'étude de Corrain et Capitanio qui nous le dit.
Cependant en cette occasion aucune personne n’a manifesté d’opposition. Voilà pourquoi les organisateurs grecs ont organisé un événement similaire avec les présumées reliques de Sainte-Hélène.

3) Si c’est seulement le sujet qui attribue aux reliques leur valeur, il est évident que même de fausses reliques peuvent être « vraies », et je peux soupçonner que telle a été la pensée du patriarcat catholique de Venise sur ce sujet ! Cependant, si en théorie le catholicisme romain vénère les reliques, dans la pratique il les considère comme un héritage d'un monde désormais passé. Bien sûr je ne veux pas généraliser, car il y a une minorité qui pense différemment.

4) Il est vrai qu'aujourd'hui le catholicisme a en général abandonné la théologie thomiste, mais il est tout aussi vrai qu’il n'a pas un concept « fort » de la grâce sacramentelle, comme dans le monde orthodoxe. Il n'est pas clair, en effet, que ;pour lui la grâce touche aussi le monde matériel et pas seulement l'esprit, puisque le Christ est venu pour vaincre toute faiblesse et maladie, même dans la chair, jusqu'à ressusciter son corps. C'est pas un hasard, dès, que la fête de la Résurrection soit, en Occident, plutôt faible et discrète par rapport à celle de Noël.

Source :
http://traditioliturgica.blogspot.fr/2017/06/la-verite-dans-les-reliques.html

mardi 20 juin 2017

Alexander FC Webster TROIS CHEVAUX DE TROIE Les tentatives initiales pour désorienter les orthodoxes


Alexander FC Webster (archiprêtre), Ph.D., est aumônier de l'armée américaine à la retraite (colonel) et nouvellement nommé doyen du séminaire orthodoxe de la Sainte Trinité (Église orthodoxe russe à l’étranger) à Jordanville, NY, à compter du 1er septembre 2017.


*


Le pauvre concile panorthodoxe de Crète en juin 2016 a rappelé aux chrétiens orthodoxes que le roc de la foi et de la pratique orthodoxes s'est divisé depuis des décennies. Les fissures sont particulièrement évidentes parmi les environ un million de chrétiens orthodoxes des États-Unis.

Ce qui n'est pas conventionnel au sujet du ton du conflit, c'est la rhétorique agressive ad hominem de l'avant-garde envers ceux qui insistent sur une fidélité inébranlable à la tradition orthodoxe. Dans une communauté largement connue pour son approche conservatrice de la doctrine religieuse, de la morale et des rites liturgiques, les innovateurs maintiennent normalement un profil bas, en évitant l’attention indésirable et les accusations “ d’hérésie”, tout en essayant progressivement d'effectuer un “changement”. Ironiquement, les traditionalistes orthodoxes sont sous l'agression et sur la défensive en Amérique et dans quelques églises autocéphales du  monde entier.

La "gauche" orthodoxe lance son offensive sur trois fronts. Étant donné que la grande majorité des fidèles orthodoxes de ce pays ne connaissent pas de telles machinations par les quelques élites intellectuelles déterminées, clergé et laïcs, engagées dans cette guerre spirituelle, j'emprunterai au chroniqueur orthodoxe Rod Dreher la métaphore de “Cheval de Troie” d'Homère. Une métaphore appropriée pour la tactique primaire de ces élites. En fait, j'ai l'intention de tripler cette métaphore. Comme le stratagème tactique célèbre des Grecs anciens, les chevaux de Troie orthodoxes contemporains semblent être des cadeaux, mais ils sont plutôt pleins de guerriers théologiques clandestins prêts à sacrifier l'Église.

Le licenciement des "déplorables" orthodoxes

Le premier cheval de Troie est la tendance croissante des gauchistes orthodoxes à imiter l'infâme “ panier des pitoyables* ” de Hilary Clinton du 9 septembre 2016 contre la moitié des partisans de son adversaire. Dans ce cas, les épithètes naissent de l'inimitié théologique plutôt que politique.

Certains de ces néologismes semblent un peu forcés. Par exemple, Aristotle Papanikolaou, titulaire de la chaire théologie et de culture orthodoxe de l’archevêque Demetrios,  et co-directeur du Centre d'études chrétiennes orthodoxes (OCSC) de l'Université Fordham, a dépoussiéré une ancienne hérésie christologique. Il perçoit ce qu'il appelle le “nestorianisme politique” - défini comme “une politique du dualisme, une politique de nous contre eux, une politique de diabolisation”-, parmi les chrétiens américains, y compris chez les orthodoxes, qui ne peuvent apercevoir certaines questions politiques, que  liées à un programme humanitaire impie, politiquement libéral, et par un agenda humaniste ". 2 C'est une domination rhétorique dirigée contre les autres chrétiens qui, selon nous, sont plus traditionnels que lui-même.

Le terme de choix méprisant parmi la gauche orthodoxe semble être “fondamentaliste”. Peu importe la provenance protestante évangélique de ce terme, datant de 1922, lorsque Curtis Lee Laws s’est inspiré de la publication des traités intitulés The Fondamentals  au cours de la décennie précédente. Peu importe que le terme ait commencé comme une marque d'honneur. Peu importe la mauvaise application erronée de celui-ci depuis les années 1980 à de vastes étendues d'islam et à des éléments réactionnaires dans d'autres communautés religieuses. La gauche orthodoxe fait simplement écho à l'hyperbole antiévangélique des confessions libérales protestantes au Conseil national des églises et au Conseil Œcuménique des Eglises [COE] avec lesquels ils ont partagé le Brie et le Chablis depuis tant d'années.

Et rien moins qu’un dignitaire ecclésial tel que l'archevêque Chrysostomos de Chypre (évêque principal d'une antique Eglise orthodoxe autocéphale) a tiré sans discernement un coup de fusil au premier jour du récent concile panorthodoxe contre des “groupes” anti œcuméniques non spécifiés qu'il a blâmés pour l'absence de quatre Eglises entières du Concile: “Les groupes fondamentalistes et fanatiques, dont les théologiens et les hiérarques, qui sont aujourd'hui plus ou moins actifs dans l'ensemble du monde orthodoxe, sont une raison sérieuse pour laquelle une véritable menace non seulement pour le report , mais même pour annuler le Saint et le Grand Concile a plané sur lui. " L'archevêque a identifié les cibles de sa colère de manière simpliste comme ceux qui s'opposent à “toute idée de se rapprocher des autres chrétiens”. 3

De retour aux États-Unis, un nombre croissant d'érudits orthodoxes, principalement des théologiens laïcs, ont, avec un abandon croissant, rejeté beaucoup de leurs coreligionnaires comme “fondamentalistes” - peut-être pas plus souvent et plus sévèrement que George Demacopoulos, qui inaugura la Fr. John Meyendorff and Patterson Family Chair of Orthodox Christian Studies et co-directeur de l'OCSC à l'Université Fordham. Dans une publication du blog en janvier 2015 sur un site officiel de l'archidiocèse orthodoxe grec d'Amérique, Demacopoulos a représenté ses opposants théologiques non nommés dans une caricature Ad Hominem  en les  dénigrant comme “extrémistes” et  “opportunistes radicaux”, qui posent un “danger insidieux” motivé par “l'autopromotion. “ Demacopoulos a affirmé que leur “erreur théologique clé” est “la présupposition que les Pères de l'Église ont convenu de toutes les questions théologiques et éthiques” - revendication manifestement absurde pour quiconque s’est plongé dans la richesse des textes patristiques existants. D'autres tendances dangereuses que Demacopoulos perçoit, faussement, incluent une insistance absurde selon laquelle "les Pères étaient anti intellectuels"; ”L'adhésion servile à un ensemble fossilisé de propositions, ” “un simple “sous-ensemble d'axiomes théologiques” dérivé d'une “lecture réductrice des Pères de l'Église” et utilisé comme “une arme politique”; Et une “idolâtrie” inévitable au lieu d'une “tentative sérieuse et déchirante de chercher Dieu et de Le partager avec le monde”. La phrase de Demacopoulos "quête d'âme" est, au contraire, une étrange évolution existentialiste post-moderne des Pères de l'Église. La caricature ne parvient pas à capturer cette sorte de diatribe bizarre et émotive. 4
Mais qu’est-ce qui est vraiment derrière toute la rhétorique ardente? Un indice est apparu dans une brève évaluation post conciliaire en septembre 2016 dans le journal protestant The Century Christian de Peter C. Bouteneff, professeur de théologie systématique au séminaire théologique orthodoxe de Saint-Vladimir à New York. Il s'est référé à l'Église orthodoxe comme “retardée dans sa réactivité aux réalités démographiques modernes et à la modernité en général”. 5

L’acceptation de la "Sécularisation"

Ce vecteur modernes contre anciens sous-tend également le deuxième Cheval de Troie: une acceptation complète de la “sécularisation”, tout en rejetant de façon ostensible la “laïcité”.

Dans un essai "parrainé" par la Société orthodoxe de théologie d'Amérique (OTSA) publié en mai 2016 avec l'objectif déclaré d'influencer le Concile panorthodoxe de Crète le mois suivant, six érudits orthodoxes, dont Aristotle Papanikolaou de Fordham, ont proclamé les vertus de la sécularisation:

Les espaces politiques écologiques ne sont pas définis par un haut mur érigé entre la religion et la politique, mais par un ordre public et juridique différencié qui maximise le pluralisme. Dans les sociétés laïques, la différenciation des sphères (politique, juridique, économique, religieuse, etc.) est devenue un outil essentiel pour la restriction du pouvoir de l'Etat et la protection de la liberté humaine. Ainsi, bien qu'il soit juste de rejeter la laïcité comme idéologie antireligieuse, l'Église doit reconnaître la sécularisation avec discernement, afin de s'assurer que sa vie ne se limite pas à certains espaces politiques précaires, mais qu'elle soit rendue accessible à  tous. La sécularisation libère l'Église du confinement politique, permettant à l'Évangile d'être librement choisi comme mode de vie. 6

Il y a un certain mérite dans cette distinction. Toutes les tentatives de sécularisation n'ont pas été associées à “une idéologie antireligieuse”, du moins pas encore. Mais la connexion est indubitablement évidente dans tous les pays qui ont succombé au communisme, en commençant par la Russie orthodoxe en 1917 et en continuant aujourd'hui sous les régimes athées en Corée du Nord et à Cuba. La sécularisation de l'Europe occidentale et des États-Unis n'est pas encore à l'abri de ce qui semble être une dégénérescence inexorable dans les interdictions d'activités religieuses "publiques" qui peuvent encore entraîner une persécution complète. La tentative de nuance intellectuelle du groupe de l'OTSA est peut être plus naïve et plus chimérique que savante et réaliste.

Un argument plus subtil et expansif en faveur de la sécularisation apparaît dans le livre  d'Aristotle Papanikolaou de 2014, The Mystical as Political: Democracy and Non-Radical Orthodoxy. Son projet tente de combler les domaines laïc et sacré en exaltant le premier au détriment de ce dernier. Une présupposition théologique clé est la suivante: “Je ne pense pas que le référent transcendant doit être au divin, mais il peut prendre la forme d'un bien commun”. Dans une version antérieure de cet argument en 2003 sous le titre "Byzance, Orthodoxie et Démocratie", Papanikolaou tente de circonscrire le plus essentiel des buts divins de l'Église:

En ce qui concerne une forme démocratique du bien commun, l'Eglise doit accepter ses propres limites et reconnaître que l'objectif n'est pas la formation d'une communauté eucharistique par la persuasion, mais plutôt la construction d'une communauté dans laquelle la diversité et le multiculturalisme sont affirmés et protégés et dans laquelle la reconnaissance d'une telle diversité et le multiculturalisme doivent être appliqués s'ils ne sont pas volontairement acceptés. 7

En 2014, Papanikolaou avait remplacé le “multiculturalisme” par “la différence culturelle”.

Mais ce léger changement n'a pas concilié Vigen Guroian, professeur arménien apostolique émérite à l'Université de Virginie. Dans une critique dévastatrice de The Mystical as Political in First Things , Guroian a révélé le Cheval de Troie dans l'argument de Papanikolaou:

À la place de cette vision ecclésiale de la transformation, nous nous servons du verbiage de la diversité et de la justesse politique… Forcées? Cela n'implique-t-il pas que l'État libéral a la responsabilité et le droit de contraindre l'Église lorsque l'Église n'affirme pas “la diversité et la différence culturelle”? Sûrement, Papanikolaou sait que ces termes sont la propriété de la gauche progressiste qui insiste sur le mariage homosexuel, entre autres choses, que l'Orthodoxie refuse de “reconnaître”. 8

Dans “Le pèlerinage séculaire de l'Orthodoxie en Amérique”, document ultérieur donné lors de la conférence annuelle de l'OTSA le 23 juin 2016, Guroian se demande pourquoi le pluralisme religieux qui définit l'Amérique au XXIe siècle “est interprété comme la norme de la vie religieuse, tout comme une séparation de l'Église et de l'Etat est interprétée comme un mandat divin, presque comme s'il s'agissait d'un onzième commandement divin. Pourquoi les Eglises orthodoxes devraient-elles adopter une sécularisation plus agressive qui les ramènerait dans leurs précédents ghettos religieux et ethniques, à l’écart semble-t-il du bien commun?

Le chemin de la sécularisation devrait être pour les chrétiens orthodoxes - en fait pour tous les chrétiens traditionnels - comme dans le poème mémorable de Robert Frost, “celui qui est le moins fréquenté”.


Potpourri sexuel

Le troisième cheval de Troie peut être le plus spirituellement dangereux de tous.

Le Zeitgeist [esprit du temps] émergeant du désordre sexuel, de la confusion et du libertinisme apparu en Amérique dans les années 1960, est devenu l'idéologie éthique sociale dominante. Qui aurait pu imaginer qu'un clerc ou un théologien orthodoxe s'engagerait dans un tel mouvement? Hélas, les rangs croissent, semble-t-il, avec chaque année qui passe.

Des clercs et des théologiens orthodoxes de premier ordre ont préconisé diverses causes d'avant-garde de provenance non orthodoxe, allant du clergé féminin (d'abord, la “restauration” de l'ordre obsolète de “diaconesse” et, pour certains, même l'innovation radicale des femmes prêtres ") à une atténuation douce des proscriptions anciennes contre l'avortement,  à la dernière tendance,  du " transgenrisme ". 

Mais l’ancêtre de tous est une obsession croissante de toutes les choses LGBT. En ce qui concerne ces derniers, les élites de gauche ne sont étonnamment pas si loin de la majorité des fidèles réguliers de l'Eglise. L'étude du paysage religieux de 2016 réalisée par le Pew Research Centre révèle que 64% des Américains orthodoxes interrogés en 2014 pensaient que l'homosexualité “devrait être acceptée”, alors que seulement 31 p. 100 pensaient que cela “devrait être découragé”. De même, 54 pour cent étaient  fortement en faveur ou en faveur simplement du "mariage homosexuel", alors que seulement 41 pour cent s’y opposaient fortement ou s'y opposaient tout court. Les “taux de mariage de même sexe” s'harmonisent avec ceux des protestants et des catholiques traditionnels, mais sont inversés par rapport aux protestants évangéliques et aux mormons. 9
Pourtant, trois érudits orthodoxes (deux d'entre eux prêtres ordonnés) constituent une avant-garde d'élite qui pousse fortement ce mouvement profondément perturbant.

Tout d'abord, Aristotle Papanikolaou de Fordham a récemment signalé ses sentiments dans son op-ed (https://fr.wikipedia.org/wiki/Op-ed) intitulé “Être chrétien pendant la présidence de Trump":

“ Si les chrétiens ne demandent pas prophétiquement à Trump qu'il désavoue publiquement le soutien à la suprématie blanche, alors les chrétiens sont complices d'étendre et de renforcer  le racisme, l'antisémitisme et l'homophobie". 10 Frappé, en particulier, par le dernier terme de cette litanie Clintonesque de déplorables[Cf. Hilary Clinton qualifiant ainsi les électeurs de Trump*], j'ai demandé à Papanikolaou dans une conversation téléphonique de préciser ce qu'il considérerait comme une peur déraisonnable des homosexuels (car c'est ce que le terme politiquement correct “homophobie” signifie littéralement) parmi les chrétiens orthodoxes. Il a répondu que la violence, bien sûr, serait répréhensible, et sur cela nous serions d'accord. Mais il a également proposé que la “discrimination” contre les homosexuels actifs dans l'embauche soit également interdite comme une infraction contre la décence et l'humanité commune - même dans les paroisses orthodoxes et les écoles paroissiales!

Deuxièmement, un doyen archiprêtre respecté de l'Église orthodoxe en Amérique (OCA), Père Alexis Vinogradov de Wappingers Falls, New York, a lancé un défi sur cette question en juillet 2011. Pour un blog orthodoxe maintenant disparu, il a écrit un article intitulé “Nouveaux débuts dans la communauté: les questions de genre et l'Eglise”. 11 Il espérait "commencer un débat... car, parmi les églises orthodoxes, au moins, nous n'avons pas encore de plate-forme commune pour avoir un discours respectueux sur les problèmes sociaux complexes de nos jours".
Mais le “discours respectueux” s'est évaporé rapidement lorsqu'il a commencé à s'opposer à “l'attrait croissant et la confiance en des réponses et en des formules simplistes” chez beaucoup de ses camarades orthodoxes. ”Une telle religiosité ne peut pas, a-t-il poursuivi, tolérer des ambiguïtés, car elle attribue entièrement la crise morale et spirituelle moderne au dédain des absolus et des certitudes... On nous dit que le débat sur la sexualité doit s'arrêter, la norme incontestable est le choix du mariage hétérosexuel ou de la vie célibataire dans la société ou dans le monachisme." Les chrétiens traditionnels actifs ont déjà vu le cheval de Troie sur lequel le Père Alexis trottait, alors qu'il a commencé à appeler subtilement à une nouvelle et troisième “norme”.

Fr. Alexis a élaboré, de manière à supprimer tout doute concernant sa vision:

Les personnes homosexuelles n'ont pas décidé de devenir homosexuelles.  Ce n'était pas le fruit de leur prétendue dépravation ou péché. Nous savons au moins cela aujourd'hui. Il ne peut y avoir un débat continu  que  si nous pouvons éviter cet obstacle d'intransigeance flagrante par ceux qui refusent de reconnaître ce fait. Mais les personnes homosexuelles, tout autant que les hétérosexuelles, doivent ressentir la chaleur, l'amour et la prospérité des autres personnes. Dieu les a créées pour cet amour, cet amour est la substance de notre humanité; C'est ce qui nous constitue tous en portant Son image en nous. Pour tout membre de la race humaine lorsque cet amour n'est pas accepté ouvertement et facilement, lorsque les tabous communautaires et les craintes les isolent de la famille, il est inévitable que leur recherche et leur besoin légitimes apparaîtront comme une anomalie pour ceux qui ont passé de manière sécuritaire l'écran sélectif invisible. La culture sélective, la société en général ou l'Eglise, les aura poussés à des extrêmes.

Cet appel est très familier pour les protestants et les catholiques romains en Amérique, mais il est encore nouveau pour les chrétiens orthodoxes les plus fidèles: nous devons accepter les homosexuels, qui sont nés de cette façon, et ne pas les chasser en les appelant à la repentance et au célibat, seule “norme” morale traditionnelle, en plus du mariage “hétérosexuel”. Plus tard dans son article, le Père Alexis a eu la chutzpah [culot en hébreu] de nous avertir que c'est “notre insensibilité, notre jugement et notre confiance en soi”, et non la perversion sexuelle, qui “peuvent blesser” l'Épouse du Christ, l'Église.
Père Alexis nous a donné un aperçu délibéré de la façon dont l'esprit du monde a capturé ceux qui se chargeraient de nous enseigner et même de nous réprimander (compléter le blanc : [ils sont] simplistes, craintifs, totalitaires, intolérants, superficiels, intransigeants, égocentriques, sans limites, insensibles, spirituellement faibles… le Père Alexis nous a lancé toutes ces épithètes dans son dossier de défense de l'autre) nous “orthodoxes” et les autres chrétiens qui rejettent la notion ennuyeuse selon laquelle les temps changent et nous devons changer avec eux.

Troisièmement, l'archiprêtre Robert Arida, ancien pasteur de la Cathédrale OCA de la Sainte Trinité à Boston, a joué le rôle d'Odyssée pour ce cheval de Troie moderne. En juin 2011, peu de temps après New York, la Loi sur l'égalité conjugale, qui a légalisé le mariage entre deux hommes ou deux femmes, le Père Robert a posté sur son site paroissial un court essai intitulé “Réponse à moi-même”. En considérant les implications de la nouvelle tendance juridique, il a exploré l'histoire mouvementée de l'Église qui toléra l'esclavage et il a conclu en proposant une hypothèse intrigante:

Si l'Église va répondre à la légalisation du mariage / à l’union de même sexe, il semble qu'elle devrait commencer par considérer comment servir les couples de même sexe qui sont légalement mariés avec leurs enfants et qui frappent à la porte de nos paroisses à la recherche du Christ. Est-ce que nous les ignorons? Est-ce que, de prime abord, nous les en détournons? Devons-nous, sous la rubrique du repentir, les encourager à divorcer et à démanteler leur famille? Ou, leur offrons-nous, comme nous offrons à ceux qui souhaitent le Christ, la pastorale, l'amour et un foyer spirituel?12

Bien que ce scénario puisse sembler, de prime abord, exiger une nuance et une sensibilité pastorales, l'utilisation par le Père Robert de “ou” dans la phrase finale trahissait une interrogation subtile, et peut-être le rejet, d'une exigence universelle pour le Saint Mystère du mariage en Orthodoxie, à savoir un homme et une femme. Il a clairement impliqué que rien moins qu'une acceptation complète de la “famille”, comme elle est actuellement, dans son hypothèse, serait impensable, intolérante et sans amour.

Un autre essai sur le site de la paroisse de Père Robert, trois ans plus tard, "Never Changing Gospel, Ever Changing Culture", 13 a causé une tempête de feu lorsqu'il a également mis en ligne sur le blog Wonder, une publication du ministère de la Jeunesse, des Jeunes Adultes et des Ministères de Campus de l'OCA. Père Robert prétendait “poser des questions”, afin de ne pas transformer le passé en “un tyran oppressif”. Tout en affirmant, dans l'esprit de Hébreux 13: 8, “l'Evangile immuable qui est Jésus-Christ”, le Père Robert a insisté sur le fait que l'Église doit "s'entendre avec la culture postmoderne", c'est-à-dire en démontrant “un désir de la part de tous les fidèles - évêques, prêtres et laïcs - de permettre à l'esprit et au cœur de changer et de se développer”.

Cela, à son tour, a entraîné cet oxymore, que le père. Robert a mis en italique et en gras pour faire de l’effet: " Prêcher le Christ qui ne change jamais, exige que nous changions tout le temps", non seulement spirituellement par la lutte contre les passions pécheresses, la repentance personnelle et la culture des vertus, mais aussi théologiquement par le fait de "ne plus Ignorer ou condamner des questions et des problèmes qui sont présumés contredire ou défier sa tradition vivante." D'une part, il a réprimandé les “chrétiens orthodoxes qui abusent du Christ qui ne change jamais pour promouvoir un programme et une idéologie politique particuliers ou comme une licence pour agresser verbalement et physiquement ceux qu'ils considèrent comme immoraux”. Traduction: les chrétiens traditionnels qui “briment” les homosexuels. D'autre part, il n'a pas précisé comment les chrétiens orthodoxes devraient “développer” leur esprit et leur cœur à propos des “problèmes” qu'il énumère.

Mais le métropolite Tikhon (Mollard), évêque primat de l'OCA, a pu lire entre les lignes. Il a supprimé l'essai de Père Robert du blog Wonder de l'OCA, et y a substitué sa propre réponse. L'évêque a offert une brève clarification de l'enseignement de longue date de l'OCA sur le mariage, la famille et la sexualité humaine, et a expliqué pourquoi la discussion de ces questions théologiques et morales si profondes "bénéficierait d'une analyse plus approfondie que celle qui peut être fournie sur un blog . " 14

Cependant, l'intervention du métropolite Tikhon est venue trop tard.  Les essais de Père Robert et l'approbation officielle initiale de l'un d'entre eux révèlent que ce cheval de Troie est déjà à l'intérieur des portes de l'Église orthodoxe en Amérique. Bientôt à paraître sous les auspices du soit disant Forum Européen des Groupes Chrétiens LGBT, il y a  un nouveau volume d'essais sous le titre "For I Am Wonderfully Made": Textes de l'Orthodoxie Orientale et de l'Inclusion LGBT. Parmi les contributeurs, figurent les archiprêtres Robert Arida et Alexis Vinogradov, Mark Stokoe (un laïc de l'OCA), le Dr Bryce R. Rich (un théologien laïc de l'OCA et auteur d'un chapitre intitulé “A Queer Personhood: Freedom from Essentialism”) et Maria McDowell (un ancien chercheur de l'OCA qui a quitté l'Église orthodoxe et a été unie en "mariage" avec une femme, par une femme prêtre épiscopalienne).

Une tâche familière urgente à venir
Ce que nous voyons dans les appels des érudits orthodoxes pittoresques discutés ici est un défi public subtil, érudit, mais insaisissable, d'abandonner les anciennes vérités chrétiennes sous le couvert d'un “débat” ou d'une “discussion”. Cela devrait être l'objet d'une alarme pour les fidèles réfugiés, issus des principales dénominations protestantes et des paroisses catholiques radicales qui ont été témoins de l'adoption naïve de leurs chevaux de Troie à partir des années 1960. 

Le modèle est sans équivoque: d'abord, un appel à “transcender” des dogmes étroits, rigides et archaïques, accompagné d'une invitation à un “débat” pour partager des points de vue basés principalement sur l'expérience personnelle et les connaissances “nouvelles” au lieu de l'immersion dans la Tradition; suivie d'une injonction à l'abstention mutuelle, à la tolérance et, finalement, à l'acceptation totale de diverses moralités. Bientôt, la grenouille orthodoxe dans le pot à ébullition progressive est entièrement cuite et n'est plus une grenouille vivante .

L'un des érudits mentionnés ci-dessus, qui enseigne régulièrement dans une classe de l'école du dimanche pour les étudiants du lycée orthodoxe, m'a dit qu'il n'inclut jamais de morale sexuelle dans son programme d'études et craint chaque fois qu'un étudiant pose même une question sur tout problème sexuel. Ces lycéens sont si prisonniers  des mœurs sexuelles contemporaines qu’il est convaincu que toute tentative de présenter des enseignements traditionnels orthodoxes pourrait être, au mieux, futile, mais conduirait en fait chacun de ses élèves tout à fait hors de l’Eglise. 

Une telle timidité pédagogique constitue, à mon avis, une faute professionnelle ecclésiale, une reddition préventive au Zeitgeist et une garantie que ces adolescents orthodoxes ne seront pas exposés au témoignage moral prophétique de la société, de peur que cela nuise à leur hébergement confortable dans la culture environnante.

Peut-être que cet essai fera l'objet d'un appel clair à tous les évêques orthodoxes en Amérique, ainsi qu'au clergé et aux laïcs, pour arrêter avec amour et justice, ceux qui fausseraient notre vénérable tradition morale.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après
TOUCHSTONE MAGAZINE



Références 
1. theamericanconservative.com/dreher/the-orthodox-trojan-horse.2. https://publicorthodoxy.org/2015/10/12and https://publicorthodoxy.org/2016/11/11.
3. pravoslavie.ru/english/94598.htm.
4. https://blogs.goarch.org/blog/-/blogs/orthodox-fundamentalism.5. christiancentury.org/article/2016-09/great-and-holy-council.6. https://publicorthodoxy.org/2016/04/05.
7. academia.edu/4292579/Byzantium_Orthodoxy_and_Democracy8. firstthings.com/article/2014/04/godless-theosis.9. pewforum.org/religious-landscape-study/religious-tradition/orthodox-christian.10. https://publicorthodoxy.org/2016/11/11.
11. ocanews.org/news/Vinogradov7.12.11.html.12. http://holytrinityorthodox.org/articles_and_talks/Response.pdf.13. holytrinityorthodox.org/articles_and_talks/Never%20Changing%20Gospel.pdf.14. http://wonder.oca.org/2014/11/01/never-changing-gospel-ever-changing-culture.

Read more: http://www.touchstonemag.com/archives/article.php?id=30-03-016-c#ixzz4kR4z0iPD
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Notes du Traducteur :
 

* voir http://www.lemonde.fr/elections-americaines/article/2016/09/10/hillary-clinton-et-les-electeurs-de-trump_4995653_829254.html